Le blog de la ranulphette

P'tits bouts de n'importe quoi,n'importe quand, n'importe comment mais pas par n'importe quelle ranulphette.

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02 décembre 2006

Time to kill

Aujourd'hui c'était l'ouverture de la 6ème édition du Festival International du Film de Marrackech, le bien nommé, puisqu'il se déroule à Marrackech.  En plus le programme de cette année est excellent. Roman Polansky est le président du jury, et ils vont passer le nouveau Scorcese en avant première. Il y a des tas de stars et on peut les approcher de près ! Le hic, c'est que ces connards d'organisateurs ont interdit l'entrée des salles aux moins de 18 ans, donc je ne peux pas y aller.

Mort aux cons !

Gazouillé ranulphine à 23:02 - Mar(re)oc story - 6blabla(s)de lecteurs - Rétroliens [0] - Permalien [#]


26 novembre 2006

Casablanca

Comme toujours, la première impression que donne la capitale économique du royaume, c'est l'encombrement, l'agitation, le trop-plein. Après quelques heures, on finit par d'habituer. Quoi de neuf ?Les panneaux. Partout des panneaux publicitaires, parfois érigés en dépit du bon sens, poussant à la consommation. Tiens, Dior a ouvert un magasin sur le boulevard d'Anfa.Y'a t'il vraiment tant de pouvoir d'achat ? Mais bon, je n'ai pas trop eu le temps de développer ces considérations shoppinguistico-économiques, vu que ce n'était pas vraiment le thème de la sortie.

En fait, nous avions rendez-vous à l'O.N.A.C (office national des anciens combattants) pour une visite détaillée (très) des locaux et une présentation du panel des activités assumées par cet organisme rattaché à l'ambassade de France qui s'occupe comme son nom l'indique, des anciens combattants étrangers s'étant battu sous le drapeau tricolore.Vous savez, ce sont eux qui filent deux-trois sous l'an à des pauvres vieux impotents qui ont laissé un bras ou un oeil quelque part à Monte Cassino ou Douaumont pour permettre au pays de la Liberté et de l'Egalité d'échapper au joug de la barbarie nazie. Enfin , je suis injuste. Car ce n'est pas eux qui fixent le montant de la pension de ceux qui, à 20 ans ou moins,illétrés, ignorants ,ont tout quitté, ont traversé la Mediterrannée, enduré les atrocités de la guerre pour défendre une patrie qui n'était pas la leur. Non ce ne sont pas les gens de l'O.N.A.C qui récompensent ces personnes par une prime de 40 euros par an. Eux sont les premiers à se féliciter de l'alignement des pensions sur ceux des anciens combattants "vrais" français. Ils font même un travail formidable, à se dépatouiller avec la lourdeur des procédés bureaucratiques ,pour que chaque personne ait enfin accès à ses droits de combattant pour la Liberté. Et en parallèle, ils s'investissent énormément dans la société civile, en formant des techniciens à la fabrications de prothèses en tout genre, et en fournissant gratos aux miséreux. On a même eu droit à un cours détaillé sur comment faire une prothèse .Il y a les fémorales (pas de cuisse), les tibiales (plus rien sous le genou), les en fibre de carbone , les pour moignons pliés, les pour bébés de 5 ans amputés ect ect... C'était très charmant. Ca a eu également le mérite de bannir la profession de prothésiste des multiples options qui s'offrent à moi. 

Après nous être bien mis en appétit avec le listing détaillé de toutes les infirmités possibles, nous sommes allés nous restaurer. Comme il flottait pas mal, les gens de l'O.N.A.C ont eu la gentillesse de nous déposer en voiture près du ciné où nous devions aller regarder Indigènes. Mais comme nous étions pas loin de 30 et qu'il n'y avait pas assez de véhicules, certains ont du se débrouiller tout seuls. "Se débrouiller seul" ça veut dire se faire jareter par tous les taxis, marcher jusqu'à l'arret de bus à des kilomètres, attendre le foutu bus , se faire déposer à des kilomètres de là où on veut, remarcher et tout ceci étant copieusement arrosé par le ciel qui a ,bien évidemment, choisi ce moment pour balancer la sauce. Pour une fois, j'ai eu du bol, j'ai fait tout le trajet en Alfa Roméo chauffée, avec une conductrice surchauffée.

Il a fallu répondre à la question existentielle de la journée, à savoir "Où est-ce qu'on bouffe ?". Moi, je voulais aller chez Hédiard, à un jet de caillou du complexe cinématographique. Mais bon, les gens de ma classe n'ont aucun gout culinaire, alors, cédant à la pression de la masse, j'ai suivi le troupeau jusqu'à Pizza Hutte, antre de la malbouffe ricaine. Et c'était finalement pas trop mal. Mais il devait y avoir quelque chose dans la pizza, car j'ai dis et fait des CHOSES à des GENS que je vais certainement regretter, genre me ridiculiser à désirer mourir de honte.

Après nous être rempli la panse, nous sommes allés voir le film. On s'est convenablement fait arnaquer en bonbons et pop corn sucré et c'est le portefeuille considérablement allégé mais le poches pleines de Ritter Sport et de Kit kats que nous nous sommes installés. La salle était quasiment vide, on aurait dit qu'elle nous était réservée. Alors nous avons pris nos aises. Le film en soi était très bien, très émouvant bien que manquant parfois de finesse. Le message véhiculé est assez simple, trop peut-être. Ca peut créer des rancoeurs, surtout dans le contexte actuel de tensions communautaires . (je ne suis pas d'humeur à faire la critique ciné d'Indigènes)

Retour agité. Vu du train, entre Meknes-la-pustule et Fes: une villa dans les champs avec son minaret privé, dans un coin du jardin, où d'autres, moins soucieux de leur salut,auraient installé la balançoire pour leurs enfants. Pourquoi pas ?Autrefois en Europe les nobles avaient leur chapelle privée quelque part dans le chateau. Mais je me fais la réflexion impie que le muezzin, au lieu de grimper en haut du minaret, pourrait tout aussi bien secouer son maitre dans son lit et le réveiller pour la prière.

Dernier instantané : à Casablanca, Ghandi et Ibn Sina/Avicennes se croisent. Pourquoi pas ?N'est-ce pas de l'Inde que nous est venu, via la Perse, le mysticisme qui a transformé l'Islam d'une foi aride et conquérante en aspiration individielle à l'amour et à la beauté ? N'est-ce pas là le symbole d'un Maroc qui bouge, indéniablement, mais qui reste menacé par les convulsions islamistes ?

Edit NRV :Je ne supporte pas les gens qui parlent comme si on leur avait enfoncé un piment dans le cul et ceux qui sont froids comme des glaçons. Ca me rebute, c'est physique, ça me met très mal à l'aise, comme si j'étais enfermée dans une chambre froide avec des diffuseurs d'infra sons. Ca me donne envie de pleurer. J'aime les gens gentils.

Edit post Edit: après le fiasco de ilpv2, voici ilpvleplubo , la contre-attaque des élèves, toujours dizainé par votre serviteuse. Kill the teachers !!

Gazouillé ranulphine à 18:30 - Mar(re)oc story - 11blabla(s)de lecteurs - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 octobre 2006

Les mille et un rois

Kader se réveilla de très mauvaise humeur. Comme chaque fois qu'il lui fallait affronter les mille et un rois, son imagination avait pris les devants et la nuit n'avait été qu'un long cauchemar. Assis sur le bord de son lit, il s'efforça de se persuader que tout irait bien et que, somme toute, le combat, connaitrait une issue heureuse. Après un thé vite avalé, il se dirigea vers le sinistre bloc de béton qu'il ne connaissait que trop. A l'entrée trônait le premier roi.

Vêtu d'un uniforme grisâtre qu'il semblait porter depuis des siècles, ce roi-là était gras, sale , mal rasé et avait deux particularités interessantes :il ne parlait aucune langue connue et il lui manquait une moitié du visage, perdue quelque part dans le Tonkin avec l'armée française. Il regarda son sujet provisoire de son oeil unique et répondit par une série de grognements, quand celui-ci lui présenta ses respects sous la forme d'un beau billet de banque plié en huit. Dans sa générosité infinie, il autorisa le manant à pénétrer dans le bâtiment. Ledit manant grimpa jusqu'au premier étage, autrement dit sur le territoire du roi du cachet. C'est alors qu'il vit surgir par une porte dérobée deux rois imprévus qui tenaient une conférence apparament secrète puisqu'ils se turent dès qu'ils le virent. Un instant d'extrême tension s'ensuivit. Puis il reprit ses esprits et se prosterna, en signe de soumission, tout en quémandant l'indulgence des deux rois. Ceux-ci daigneraient-ils lui indiquer le bureau du roi des renseignement ?

-Au fond à droite, dit le premier.

Et simultanément:

-Au fond à gauche, grogna le second.

Puis il reprirent leur conciliabule et disparurent dans un cagibi. Kader marcha sur la pointe des pieds jusqu'au fond du couloir. A sa grande surprise, il s'aperçut qu'il n'y avait de bureau ni à gauche ni à droite. En revanche, il y avait là, couché à même le sol, un formidable roi, un roi authentique, de ceux qui ont une épaisse moustache, une bedaine phénoménale, une trogne à faire fuire les enfants, et surtout, surtout la casquette et l'uniforme, les vrais signes du pouvoir. Kader, ne sachant quelle attitude prescrivait l'étiquette en pareille situation, s'éclaircit timidement la gorge. Puis il fit quelques pas en traînant ses babouches, mais le bruit était pauvre. Il se mit alors à applaudir avec enthousiasme comme on le fait le dimache au stade de fouteballe .Le roi, éveillé en sursaut, se releva lourdement et débita la plus extraordinaire série d(injures, d'imprécations et de malédictions qu'eût jamais ouïe Kader. Ce dernier supporta avec résigantion l'avalanche. Lorsque le roi, essouflé, s'arrêta de manifester son courroux, Kader s'excusa platement et fit allégeance en offrant du tabac.Puis il s'enfuit, loin de ce roi mal embouché.

Revenu à son point de départ, il hésita un instant, puis ayant récité la cent quatorzième sourate du Coran, celle qui donne du coeur au croyant :

Je m'en remets au Maître des hommes, au Roi des Hommes, au Dieu des Hommes contre le Malin tourmenteur qui souffle le mal dans le coeur des hommes qu'il ait lui même la forme d'un djinn ou d'un homme

il frappa à une porte, au hasard. Un rugissement lui indiqua que l'endroit était habité. Il poussa la porte et vit le roi le plus débonnaire du monde. Un face réjouie, un ventre avantageux, des mains soignées et une superbe casquette aux couleurs du club de fouteballe de la ville. Le manant s'avança vers le trône et souhaita au roi le bonjour, et aussi une bonne santé pour lui et ses enfants, ainsi que prospérité et voyage à la Mecque .

-Que peux tu faire pour moi ?interrogea le roi

-Je travaille sur les docks, dit Kader.

-Qu'est-ce que ça peut me foutre ?

-J'ai été maçon.

-Interessant, concéda le roi. J'ai justement un petit terrain du côté de l'abattoir...Et que puis-je faire pour toi ?

Kader hésita , puis se jeta à l'eau : j'ai besoin d'un passeport .

L'incrédulité la plus totale se peignit sur le visage du roi. Il fut pris de tremblement, ses yeux se plissèrent, sa pabse se gonfla (ô prodige) et il éclata d'un rire énorme qui fit trembler les murs de son royaume. Le roi d'à-côté-un grand échalas tout gris-entra aussitôt, se pourléchant les babines à l'idée d'entendre la blague du siècle, celle qui provoque le rire tempête et les étouffements les plus délicieux.Le roi numéro un était d'ailleurs en train de suffoquer, affalé sur son bureau, mais heureusement, le roi numéro deux eut la présence d'esprit de lui donner des claques violentes tout en débitant quelques formules magiques. Revenu à lui, le roi débonnaire dit à l'échalas cireux : -Ce type veut un passeport.

Le roi échalas ouvrit de grands yeux, mais il était probablement de ceux qui ne rient vraiment qu'à leurs propres plaisanteries, car il se contenta de ricaner en hochant la tête . Puis il d'approcha du maçon docker et lui dit :

-Tu me vois bien ? Moi tout entier, tu me vois n'est-ce pas ?Tu n'es pas aveugle j'espère ?Et bien moi, moi tout entier je n'ai pas de passeport.

Cet aveu du lui en couter car il devint soudain très triste et regagna son royaume sans ajouter un mot. Kader ,encore sous le choc de cette révélation, resta sans voix. Le roi débonaire prix un vieux-cure dent dans un cendrier et se mit à fourrager dans sa propre bouche. Quelques minutes passèrent ,puis il éclata:

-Paysan de merde ! Vendeur de savonettes pour hammams de Juifs ! Est-ce que tu te crois au souk ?Tu veux des tomates, tu vas au souk. Tu veux un passeport, tu viens chez nous.Mais halte-là ! ce n'est pas aussi simple ! Tomates, passeport, ce  n'est pas tout à fait la même chose, l'ami! Quand tu achètes des tomates, le maraîcher se fiche de savoir qui tu es du moment que tu paies. Mais moi, je veux d'abord savoir qui tu es. Alors avant tou, apporte moi un certificat de bonnes vies et moeurs. Car qui me dit que tu n'est pas un fils de putain ou le demi-frère d'un maquereau ?ou bien maquereau toi même, avec ton regard de morue ?Et apporte moi également un certificat de non-décès, car soyons logiques, pourquoi te donnerais-je un passeport si tu n'es plus de ce monde ? Je veux aussi l'avis du moquadem sur papier timbré et n'oublie pas les quarante huit exemplaires d'actes de naissance et quelques fiches de paie. Et maintenant du vent, je t'ai assez vu.

Kader sortit du batiment la mort dans l'âme. Décidément, la fréquentation de ces rois ne rapportait qu'ennuis et migraines. Il décida néanmoins d'aller chez le moquadem, autrement dit le roi de la rue.

Le roi de la rue se trouvait dans une boutique où il devisait avec sa cour, dévorant gratis force sucreries. Kader l'aborda comme il convenait, inclinaison du buste, tête penchée sur le côté, baisemain furtif.Puis il sollicita un avis favorable pour sa demande de passeport. Les vagabonds, les chômeurs et les indics qui formaient la cour se mirent qui à ricaner, qui à accabler le maçon de quolibets, mais le roi de la rue les fit taire :

-Tu l'auras ton avis, dit-il au maçon. Et d'ajouter : je te l'apporterai moi-même à la maison.

Cette extraordinaire faveur,qui permettait au roi de la rue de percevoir son tribut sans témoins, couta cent dirhams à Kader. Mais il obtint son avis favorable. Il obtint également les quarante-huit éxemplaires d'actes de naissance contre quarante-huit cigarettes-pas une de plus, le fonctionnaire était honnête- et se procura, chez le roi du personnel d'une entreprise réputée, quelques fiches de paie plus vraies que nature. Le tout ne lui coûta qu'un petit mois de démarches. Muni de ces documents, il retourna chez le roi débonnaire. Mais ce dernier n'était plus du tout débonnaire, bien au contraire, et il ne reçut même aps le maçon; il nia l'avoir jamais vu et le fit promptement chasser à coups de trique par quelques sicaires enthousiastes.

Kader décida d'aller voir le roi de la ville, entreprise hautement périlleuse dont il n'était pas certain qu'il revint jamais. Plus d'un c'était perdu dans les couloirs du palais du roi de la ville.

Mais il était résolu. Après avoir fait allégeance successivement au roi de la porte, à quelques rois de couloirs, au roi du deuxième étage, au roi du vestibule et à la tricoteude reine de l'antichambre, il se retrouva ,ô miracle, dans le bureau du roi de la ville. Ce dernier, étonnament jeune,buvait un verre de thé tout en éxaminant quelques dossiers posés sur son bureau. Ayant fini de lire, il leva les yeux vers le maçon et la conversation s'engagea :

-Quel est ton problème ?

-Je voudrais un passeport.

-Pourquoi ?

-Je dois subir une opération chirurgicale à l'étranger,où mon fils réside en ce moment. Il paiera pour tout.

-Tu as un rapport médical ?

-Le voici.

En fin de journée, Kader tournait et retournait entre ses doigts le beau, le bouleversant, le fameux , l'invraissemblable passeport.Mais à petites causes grands effets: ce passeport promptement fourni provoqua une levée de boucliers parmi les rois secondaires, les rois des rues et les rois des autres lieux qui ne supportaient pas que le roi de la ville, ce béjaune à la taille fine, leur cassât ainsi la baraque. Rumeurs,calomnies, cabale:quelques semaines plus tard, la ville eut un nouveau roi. Et celui-ci portait moustache, parlait gras et promenait une bedaine convenablement sphérique. Les mille et un rois respirèrent et se remirent à régner.

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03 septembre 2006

Les tribulations d'un chômeur à Casablanca (part ouane)

Où la fée profite de ce qu'elle a passé l'été à nourrir les stats du tourisme interne pour vous parler un peu de son bô pays et des gens qui y vivent.

Le tout est de ne pas te réveiller trop tôt. Si tu ouvres les yeux et que tout est encore gris, c'est raté. Six-sept heures du matin, c'est l'horreur, l'angoisse d'une journée entière à meubler.Partout d'autres que toi se lèvent, se brossent les dents, s'habillent... Leur journée est un projet. Ils savent très précisément ce qu'ils vont faire, où ils seront à onze heures, comment se passera l'après-midi. Un contrat à rédiger, une voiture à désosser, des clients à recevoir. la rumeur de la ville qui s'éveille monte à lui, comme un bourdonnement déchiré parfois par un cri, un appel, la pétarade d'une moto...Lui c'est Reda (apellons le come ça tant qu'à faire). A cette heure, il voudrait être mort.

Il a fait traîner le petit déjeuner autant qu'il a pu. Le cousin est au travail, l'appartement est vide. Et si il allait faire un tour ? La galerie du Twin Center, dans le Maarif. C'est frais, c'est propre. Il se colle aux vitrines. Les articles de sport, surtout, le fascinent. Nike, Reebok, Adidas, Puma...Il y a des posters grand format. Michael Jordan. C'est un noir .Il joue au basket. Reda se dit qu'il aurait pu lui aussi.Mettre un ballon dans un panier. Peux pas être moins bon qu'un noir non ?Zidane. Ile est fort. Français.Algérien. Si j'avais joué au foot, pense-t'il encore, j'aurais été aussi fort que lui.Qu'est-ce qu'il a de plus que moi ? C'est un Algérien non ?C'est du côté d'Oujda ,l'Algérie, parait-il. Machin le cousin y est né. Et là c'est qui ? André Agassi! Tennis. J'aurais pu être un grand joueur de tennis. Si javais appris. Maudits parents, ils ne nous ont rien appris. Tiens il porte une boucle d'oreille cet André. C'est mignon. Faut que j'essaie. Un jour.

En sortant de la galerie, Reda fait un détour par le Café Marcel Cerdan. IL y joue au flipper. Reda Machin, champion du monde de flipper. Il est le meilleur. On fait cercle, on l'admire. Ping, bong tchac !Jamais tilt... Il a des parties gratuites. Il y a des femmes presques nues peintes sur le flipper, on ne les voit plus à force. Ping!Ping! Dommage que le café soit vide, personne n'a vu qu'il a gagné dix parties gratuites.Grâce au flipper, Reda n'a pas vu le temps passer. Il est deux-heures de l'après-midi. Il va au cinéma.Il n'y a que des films de karaté. Il sort, il plane, il a envie de casser la gueule au premier venu haaaah iiaaaah tchac manchette sur le cou de ce connard gras qui m'a bousculé tout à l'heure, bon c'est peut-être moi qui l'ai bousculé, c'est la même chose...Il me regarde de travers. Quoi ? Il ne sait pas qui je suis ?Reda Machin, le maître du kung-fu ?Toute ma famille massacrée par des pirates quand j'étais môme. J'ai passé dix ans dans un monastère à apprendre les coups qui tuent et le cri qui paralysent.Je vais me venger. Terrible mon regard, le gros s'en va. Sale pirate, il l'a échappé belle, je l'aurais tué.Il y a aussi des films érotiques dont toutes les scènes ont été coupéees pa la censure, mais juste une demi seconde trop tard, à chaque fois on a eu le temps d'apercevoir une fesse, un morceau de cuisse. La salle hurle, siffle fiiiiiiiii fiiiiiuuuu .Deux femmes jouent au tennis il n'y a même pas le son, qu'est-ce qu'on s'en fout. La caméra s'attarde sur les jupettes qui s'envolent puis tiens, l'une se déshabille carrément. Fiiii fiuuuuu, ça ne dure qu'un quart de seconde, la censure veille, mais on presque tout vu. Fiuuuuuuu on n'a rien vu en fait. Merde !La salle gronde, c'est la grande frustration . Mais voilà un couple , sans transition, un couple sur un lit. Ils s'embrassent, houuuuhouuuuu! Hé sa main !Sa main! Elle est où ? Elle est houuuouuu... Hé ! C'est un bout de sein, là ma parole j'l'ai vu on l'a tous vu hein les gars ?Indubitable ! Là sur l'écran rhân aaaaah fuiiiii toute la salle hurle, ça trépigne âââââh putain je ne peux plus me retenir rhâââ.

Dehors il fait enore jour. Des films comme ça, on devrait interdire ,pense Reda. On est en pays musulman non ? Il n'a jamais mis les pieds dans une mosquée mais bon quand même.... Tiens, si j'allais voir du côté de Mers-Sultan . A Mers-Sultan, il y a l'importateur exclusif des voitures allemandes.Des BMW. On dit des béhèmes et on se tait. On admire à travers la vitrine. On n'est plus rien.Ce volant, il le sens pourtant, sans le toucher. REda se cale dans le siège en cuir, ferme les yeux, laisse reposer son coude sur la portière...Ses copains d'enfance l'admirent sans oser venir lui parler. IL a fait fortune en Hollande, trafics divers, le voici de retour avec une béhème. Ah non , pas la Hollande au fait ! Les plaques d'immatriculation sont jaunes, très vilaines. Reda fera fortune en Allemagne, les plaques sont plus belles, noires et blanches,très classe. Attends, qu'est-ce que je vois un Jaguar à côté de la BM ! Reda revient au pays dans une Jaguar.Enfoncés, les immigrés dans leurs vieilles Mercedes. quels cons, toutes des anciens taxis leurs bagnoles, les sièges arrières sont enfoncés d'avoir trimballé un million de culs d'Allemands.Et même les BM, bah, c'est bidon, il y en a plein avec l'argent de la drogue, du hasch... Tandis qu'une Jag! Les larmes lui viennent aux yeux. On le respectera, on l'admirera. Jeunes vierges soumises les yeux baissés...Les flics salueront, virils ,raides, ébahis, l'uniforme flambant neuf. Sur la Corniche, dans ma Jaguar, je roule très lentement, c'est moi le roi.

Reda s'éloigne à pas lents. Dans une rue perpendiculaire à l'Avenue Hassan II, un magasin. Alimentation générale. Pour la centième fois, Reda se raconte la blague de Brahim le Berbère qui , s'étant avisé que son cousin Ali avait un commerce d'alimentation générale à Casablanca, en monta un, lui aussi qu'il baptisa Brahimentation générale.Ha ha ha. Reda s'esclaffe. Ah les cons ! Ayant jeté un coup d'oeil dans le magasin, il cesse de rire. L'épicier est assis derrière le comptoir, courbé, les yeux vagues. Il est jaune, ce Brahim-là, la peau parcheminée, malade...Toute la journée derrière le comptoir à attendre ?Attendre, attendre, attendre...Que le corbeau devienne blanc, que l'âne monte à l'échelle, que le sel fleurisse...Comment ils font ? C'est ça la vie ?Inquiet, Reda shoote dans un caillou sui se trouve devant lui, inutile. De trop.

C'est peut-être moi qui suis de trop.

Gazouillé ranulphine à 11:13 - Mar(re)oc story - 2blabla(s)de lecteurs - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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