Le blog de la ranulphette

P'tits bouts de n'importe quoi,n'importe quand, n'importe comment mais pas par n'importe quelle ranulphette.

27 mai 2007

Mona Lisait

Ce titre n'a strictement aucun rapport avec le contenu de ce post. Enfin si, un peu quand même. En fait, c'est le nom d'une librairie à Paris. Ou plutôt d'une petite chaine de librairies. On se balladait Rue des Ecoles quand on a vu en a vu une. J'ai trouvé ça mignon. Alors bon, comme j'étais un peu en panne de titre ...Mais il n'est pas question de me lancer dans une de ces prétéritions de trente lignes, sans la moindre cohérence. Surtout que pour la première fois depuis je ne sais pas combien de semaines, je vais pondre autre chose que d'amères récriminations contre la vie qu'elle est trop injuste, qu'elle est trop dure. Donc, il me faut ne gaspiller ni les lignes ni le temps qui, maintenant comme jamais auparavant, vaut de l'or.

Donc je suis reviendue du Paradis sur Terre. Ce genre d'expression grandiloquente doit vous tirer des sourires indulgents. J'ai conscience que ça peut paraître outrancier, démesuré voire exagéré, mais c'est bien le sentiment que j'éprouve pour cette ville extraordinaire et à tout point de vue hors normes . J'aime passionément Paris, et ce depuis cette toute première fois où, gamine émerveillée, je posai les yeux sur sa robe de gitane elle, ses belles rues, ses immeubles de pierre , ses magasins aux féériques devantures. Dès le premier instant, Paris est entré dans mon coeur de petite fille, pour n'en plus jamais ressortir, la place qu'elle y occupe ne cessant de croître d'année en année. Et voilà maintenant que je suis toute proche de réaliser ce rêve d'enfant, toute proche de quitter Fes-la-Moche/Meknes-la-Pustule pour vivre enfin, à Paris-la-Toute-Belle, tourbillonnante, follement étourdissante et parfaitement libre. Mes petits, réjouissez vous pour moi, car cet entretien anxiogène qui instillait dans mes veines le poison de l'angoisse et corrompait jusqu'à mon sommeil par son exsudat d'inquiétude est passé, passé même au delà de mes espérances. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que rien n'était joué.Arrivée aux locaux d'IPESUP, un peu surprise par l'exiguité des lieux , je constate avec effarement que j'ai encore une bonne heure à attendre avant que mon tour n'arrive d'être dévorée toute crue par ces Cerbères à la réputation inquiétante, les directeurs qui doivent juger si je suis digne où non de recevoir l'enseignement par eux dispensé. Peu désireuse de patienter dans le couloir , je m'assieds au soleil, dans la ruelle qui mène au bâtiment. Je feuillette un Nouvel Obs, dans l'espoir vain de retenir quelques informations interessantes pour le cas où l'on me pose cette question dont la seule perspective m'avait ôté le sommeil depuis maintenant quelques jours :"Quel est l'évènement socio-économique qui vous a le plus marqué cette année". Etant donnée ma crasse ignorance de ce qui se passe à EADS, n'ayant sur la question rien de plus profond à dire que "y'a des problèmes avec la direction bicéphale" et "il y a de l'eau dans le gaz entre la France et l'Allemagne" , j'avais opté pour la bulle immobilière qui menace de crever au pays de l'Oncle Sam. Malheureusement, c'est une question très technique (si si, je vous assure. Ben allez,expliquez moi ce qu'est un subprime vous qui êtes si brillants), et mes connaissances en la matière, bien que moins superficielles que celles concernant le fabricant de trucs qui permettent de flotter dans les airs (non, pas les golden parachutes), n'en demeuraient pas moins d'une fragilité inquiétante. Finalement, n'en pouvant plus d'attendre dehors, je retournai m'assoir dans le couloir, engageant la conversation avec un garçon et une fille qui attendaient aussi leur tour. Ils avaient l'air plutôt sympa, mais le fait de leur parler ne fit qu'accentuer la pression. Comprenez, je suis marocaine, je parle la plupart du temps en marocain et, lorsque je parle en français librement, c'est à dire avec mes amis ou mes parents, je prends cet affreux accent, ignoble mixage de Marthe Vilallonga, Michel Boujenah et Enrico Macias. Tu vois le genre. Mais là, devant ce garçon BCBG (et super mignon. Ailleuh, je crois que je vais redoubler, moi), j'ai du faire un effort sur moi même pour parler correctement. Je me disait: "Maaaaa tu passes après quelqu'un qui parle comme un speaker, tu crois que tu as encore une chance ma pauvre fille ? Retourne chez les ploucs !". Mais je me suis vite ressaisie. Heureusement, car mon tour est vite arrivé. Je pénètre dans une salle plutôt petite, avec une grande table et des strapontins tout autour. Deux hommes sont assis et m'observent. Ils m'invitent à m'assoir. J'obéis. Ma peur s'est envolée. Je suis comme en dehors de moi-même. J'observe la scène, étrangement détachée. L'un des hommes, bedaine imposante et visage rubicond,  m'ignore superbement. Il regarde un peu tout, mais évite soigneusement de poser les yeux sur moi. Je n'y prête pas attention, me fixant sur l'autre, un quincagénaire aux cheveux gris, son visage maigre plutôt bienveillant. Il me dit :"Alors mademoiselle, vous avez choisi de postuler en voie E. C'est bien, vos résultats en mathémathiques étant un peu justes". Je retiens mon souffle, m'attendant à l'autre question qui me tirait des sueurs froides :"Comment expliquez vous votre vertigineuse chûte entre la première et la terminale ?". TOutes les réponses que j'avais préparé me semblaient faibles et pauvres. Mais rien ne vint. Un autre regard à mon dossier ,qu'il tenait d'une main ferme et pâle, puis :" Et en philo, ça va mieux ?". Un temps désarçonnée par la question (j'attendais les maths, c'est par la philosophie qu'il attaqua. les commerciaux sont déloyaux), je repris vite mes esprits, et répondis quelque chose comme :"le premier trimestre a été une période d'adaptation à cette matière nouvelle, au nouveau type d'effort intellectuel qu'elle demande. Mais je pense avoir su m'y adapter, et celà s'est reflété dans ma progression, qui continue ce trimestre (premier mensonge, je suis en chûte libre)". Après celà, il m'a demandé si j'avais lu des auteurs. Et là, vous ne m'auriez pas reconnu, mes petits. L'aisance avec laquelle les mots franchirent mes lèvres m'étonna moi-même. Je parlais pendant cinq minutes de Nietzsche, de sa réputation sulfureuse qui m'avait amenée à m'y interesser, à sa récupération . Je ne fis qu'une bourde, à la fin de mon exposé :"Sa soeur mit sa pensée au service du régime stalinien". Ourgh ! Mais je me corrigeai très vite. Il me demanda ensuite ce qui m'avait plu dans le programme de philosophie. Je répondis la première chose qui me passait par la tête, l'Art (c'est le dernier truc qu'on a fait en cours), et passai encore cinq minutes à m'étendre là dessus. Il me posa quelques questions, auxquels je répondis tant bien que mal, puis me remercia et me pria de patienter dehors. Je quittai la pièce dans un état second, et me jetai sur l'un des strapontins du couloir. Deux minutes plus tard, l'Homme-pour-qui-j'étais-la-Femme-Invisible m'apella, un gentil sourire aux lèvres. L'autre tenait dans ses mains mes copies et dit :"C'est bon, vous êtes prise. Le dossier était bon, et ceci est confirmé par l'entretien. L'exposé était clair, bien structuré, vous avez une réelle facilité d'expression. C'est très bien". Mon visage encore empourpré (mon royaume pour me débarasser de cette enfantine réaction au stress!), je le remerciai, et quittai la pièce d'un pas de somnabule. J'avais réussi, Paris s'offrait à moi ! Youuuuuhouuuuuuuuuuuuuu !!!

Cet entretien qui me tourna les sangs pendant tellement de temps ne représenta qu'une quinzaine de minutes de mon périple parisien. Tout le reste du temps, et même la veille, je n'y pensai guère, Paris ayant ce pouvoir de vous distraire de vos soucis les plus vitaux. Paris etait paris, plus insolent que jamais dans sa beauté et ses gouts de luxe. Ma mère m'accompagnait, et partager la ville avec elle rendait les choses encore plus belles. Les galeries Lafayette, le Printemps, le BHV, les Halles, la rue de Rennes, la Rue de Sèvres, la Rue de Rivoli, les Champs, même moi qui ne suis pas une shopping-addict, je ne pus résister à la débauche de vêtements. "La sappe, la sappe, la sappe !" martelait une voix dans ma tête. Mais notre budget était limité, sachant que nous devions payer 1500 euros à IPESUP, et verser des arrhes pour le foyer qui m'accueillerait à la rentrée. Les sacs Lonchamps, les ballerines Repetto, les trench Burberry, les jean Zadig et Voltaire, nous narguaient du haut de leurs prix faramineux .Mais je me promis qu'au prochaines soldes , je laisserai libre cours à ma fièvre acheteuse.

Et les foyers ! Ah gentils lecteurs, les foyers ! Il y en a deux, ils sont beaux, mais beaux, tu ne peux pas imaginer. Ils sont tous deux situés dans le cinquième arrondissement. Le premier est sis rue Gay-Lussac. La directrice est une bonne soeur, et j'adore l'ambiance qui y règne. Le second est situé rue Amyot. C'est un endroit magnifique, avec un jardin, pas loin d'une picine, et à moins de 3/4 d'heures de marche de la rue des Blancs-Manteaux, là où sont situés les locaux de PREPASUP, la première année d'IPESUP. Malheureusement, le premier coûte horriblement cher (720 euros !) et le second n'offre que 27 places pour 160 candidatures. C'est très "just". La solution de secours, c'est un truc dans le 11ième. Je ne suis pas snob, chers lecteurs, mais franchement, ce quartier , il est trop moche. Tu descends à metro Père lachaise, et c'est la première rue à gauche. IL n'y a que des grossistes chinois de textile bas de gamme. Je suis consciente que je n'aime parfaitement qu'un certain Paris. Mais bon, j'ai de l'affection pour l'ensemble de la ville, bien qu'à divers degrés(Je ne sais pas si tu as déjà vu Barbes-Rochechouart, ami lecteur, mais avoue que c'est vraiment super glauque). Sinon, le foyer est chouette, et la soeur qui le tient, soeur Théo, a l'air adorable. ET puis il est quasiment moitié moins cher (420 euros). Mon rêve, ce serait de rester dans le Vème,cet arrondissement est tout simplement magnifique ! Mais pour l'instant, l'appel du porte-feuille est le plus fort... On verra bien.

Bon sinon je ne vous raconte pas les macarons, les crumbles, les éclairs, les tartes aux pommes que nous avons ingurgité ces 5 jours. La pâtisserie française est une oeuvre d'art à elle toute seule !Et le reste ! Ahh, rien qu'à y penser, mes papilles frétillent et je défaille d'envie . Miam miam miam ! Pour une gourmande comme moi, cette ville confirme son statut d'Eden terrestre ! On est allés à l'Odeon voir "La faille". Le film n'est pas mal, mais en fait, ce qui a retenu mon attention, c'est la bande annonce pour un autre film, un animé en noir et blanc qui s'apelle Persepolis. Ca se passe pendant la révolution islamique de Khomeyni et ça a l'air génial, drôle et tout. A voir donc. Une prochaine fois. Une prochaine fois qui, à condition que je décroche ce baccalauréat qui est complètement passé à la trappe cette semaine, n'est éloignée à présent que de quelques mois...

Voilà, un infime aperçu de mon escapade parisienne, elle même infinitésimal aperçu d'une ville dont la richesse necessite plusieurs vies d'homme pour n'être que partiellement découverte. Il est temps à présent de quitter les cotonneuses limbes des doux rêves, et me replonger dans la fange du travail scolaire qui pue des pieds.

Bonne nuit, gens d'ici et d'ailleurs !

Gazouillé par ranulphine à 00:36 - Nombrilisme en tranches - 3 blabla(s) de lecteurs - Permafrost [#]

Machins dits par vous(ou moi)

    miaouuuu

    A la veille de notre dernière semaine à LPV ensemble, je voudrai dire que je jure que je ne pleurerai pas !! Car je ne vous aime pas ! Voila ! ca c’est dit ! Et aussi je souhaite tout le bonheur du monde pour la suite à toute ces personnes que je n’aime pas… à Paris, New York, Tokyo,Bruxelle, ou Meknès la pustule (bon ca je ne l’espère pour personne, on aura tous notre bac ! mention super bien !)… gros gros merci à tous, pour ces belles années, de fou rire, de joie, de larme, de TOUT ! Je trouve malgré tout on a vécu de super bon moment !
    Bon courage, pour les dernière 100m qui nous reste, (il reste plus que 13 jours…).
    Et puis sur tout j’espère qu’on ne perdra pas de vue !

    Aurait déclaré zinou ,le 27 mai 2007 à 16:37 précise, en pleine possession de ses moyens (blog certifié sous contrôle d'huissier)(quelqu'un me fera penser à virer cet huissier)
  • Quel bel enthousiasme, bravo !

    Aurait déclaré amarula ,le 28 mai 2007 à 10:47 précise, en pleine possession de ses moyens (blog certifié sous contrôle d'huissier)(quelqu'un me fera penser à virer cet huissier)
  • Et, c'est curieux comme tout est relatif, je me souviens très bien de mon enthousiasme lorsque j'ai quitté Paris-la-pustule pour Meknes-la-radieuse
    (Loti a écrit de très belles pages sur Meknès)

    Aurait déclaré amarula ,le 28 mai 2007 à 13:51 précise, en pleine possession de ses moyens (blog certifié sous contrôle d'huissier)(quelqu'un me fera penser à virer cet huissier)

Trucs vachement interessants